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Fragments d'Innsmouth ( 026-49b)

  De retour dans sa chambre, Catherine rassembla ses affaires et boucla son sac de voyage après avoir rendu la voiture de location. Quand tout fut achevé, elle alla dîner et se coucha tôt puisqu’elle avait décidé de rejoindre Remiremont en utilisant le train des travailleurs. Comme son père était pris toute la journée, elle avait demandé à Marc et à Mélissa de l’emmener sur le chantier de fouilles afin d’y jeter un dernier coup d’œil avant de partir hiberner à Paris. Décidément, l’édition critique des œuvres de Stephanos Vitreus ne s’écrirait pas toute seule et, si elle disposait à présent d’une masse de notes, leur mise en forme laissait beaucoup à désirer. L’hiver promettait donc d’être une saison studieuse. Elle arriva au chantier vers dix heures et salua toute l’équipe avec une joie non dissimulée. La routine des recherches avait retrouvé son rythme normal, émaillé ça et là d’une découverte intéressante. Le monument central était à présent dégagé mais les chercheurs avaient t...

Fragments d'Innsmouth (25 - 48)

  Le vendredi, elle se leva aux aurores et, profitant d’un temps superbe, elle prit le petit sentier dit de la Justice pour se rendre sur le plateau de Brabois. Munie d’un dizainier en bois acheté lors de vacances à Assise, elle égrenait les « Je vous salue, Marie » au fil de sa marche jusqu’au silence intérieur où elle se ressourçait. Ce ralentissement puis cette interruption du flot de ses pensées lui permettaient de plonger plus profondément ses racines dans la nature qui l’entourait et d’y retrouver ce qu’elle-même considérait comme essentiel : une contemplation aimante, vidée des bavardages qui cachent le chemin, la vérité et la vie en les enfouissant sous le tas d’ordures que nous nommons l’existence. Arrivée sur le plateau, elle avait retrouvé le silence caché sous les bruits de la circulation et contempla la grande étendue herbeuse qui s’offrait à sa vue, baignant son corps dans le vent qui avait souvent porté ses cerfs-volants lorsqu’elle était enfant. Qua...

Fragments d'Innsmouth 24 (47)

  Une brève recherche sur internet avait apporté quelques renseignements à Catherine à propos de Sylvain Soupire : l’homme était un consultant en sécurité électronique et dirigeait une société minuscule mais très prospère au Luxembourg. Il était également viticulteur dans le toulois et ses vins étaient plutôt bien notés. Chose curieuse pour un informaticien, il n’était guère présent sur les réseaux sociaux, au contraire de ses deux sociétés. Cela, elle l’avait appris grâce à un ami de son père qui y sévissait régulièrement. Chose encore plus curieuse, il était connu dans le milieu de l’ésotérisme en tant que chasseur d’escrocs. Il avait même témoigné dans quelques procès pour défendre les intérêts de familles voulant arracher l’un de leurs proches à l’influence de gourous avides. Pourtant, ce chevalier blanc avait une réputation des plus sulfureuses dans le monde de l’informatique. Il aurait été jadis connu sous le surnom de « baron rouge » en référence à un pilote a...

Fragments d'Innsmouth 23 (46)

  Le soir venu, ils regardèrent le journal télévisé local, comme le professeur Leduc les avait invités à le faire. Ils y virent le dirigeant de Green Eons France en compagnie de la femme qui avait voulu ordonner le lynchage de Catherine à ses troupes quelques temps auparavant. Malgré l'absence de maquillage, la jeune femme l'aurait reconnue entre mille. La dernière déclaration du chef de l'organisation fut que les assurances qu'il avait reçues de la part du gouvernement français quant au sérieux des chercheurs et à leur respect de l’environnement lui avaient semblé satisfaisantes mais que son mouvement resterait vigilant car il était profondément déçu par le manque de conscience écologique dans le pays et très inquiet de la légèreté criminelle de bon nombre de ses habitants. Ils virent ensuite le professeur Leduc devant le chantier de fouilles qui semblait avoir repris son aspect normal. Lui aussi était satisfait par la tournure qu'avaient pris les événements et i...

Fragments d'Innsmouth 22 (45)

  Le lendemain, après un bref petit-déjeuner, la matinée fut consacrée à la rédaction du début du rapport demandé par leur chef afin de rendre compte de leurs activités, de leurs piètres résultats et aussi de justifier leurs notes de frais auprès de la comptabilité. Ce pensum fut surtout l’œuvre de Marc qui eut l'occasion de prouver sa maîtrise du langage administratif puis des discours neutres nécessaires à de pareils exercices. Il devint le héros de ses deux amies quand il leur montra la liasse de factures qu'il avait pensé à demander, y compris celles qu'elles-mêmes avaient négligées ou égarées ici et là. Enfin, à l'heure dite, ils retrouvèrent Gérard et ils prirent tous ensemble l'entrée d'un chemin de traverse qui longeait partiellement l'allée où ils avaient laissé leurs voitures la veille avant de bifurquer. -On va commencer par le plus évident. C'est tout près et la plupart des gens remarque quelque chose, sauf ceux qui ne le veulent pas, bien ...