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Fragments d'Innsmouth 11 (26)

  Après avoir fait demi-tour, Catherine s'arrêta pour se rafraîchir à Étiamble, le petit village qui se trouvait à l'entrée de la vallée. Ayant quelque peu retrouvé son calme, elle appela Marc Esperandieu qui lui dit que le site avait été visité durant la nuit précédente et que l'on avait visiblement essayé de s'emparer de l'étrange chapiteau de la colonne pyramidale. Quant aux écologistes, ils étaient arrivés vers dix heures du matin et avaient tenté de molester le professeur Leduc, qui gardait quelques ecchymoses en souvenir de cette rencontre. Bref, le site était à présent gardé par des gendarmes mais le travail n'y avait pas repris car Green Eons disposait de solides appuis politiques. -Apparemment, le préfet voulait nous abandonner à notre sort mais n'a pas voulu se fendre de l'ordre écrit que lui demandait le capitaine de la gendarmerie. Voilà où nous en sommes. -Mais c'est du pur délire ! -Non, de la politique. D'accord, ce n'es...

Fragments d'Innsmouth 10 (25)

  Dès les premières lignes, Stephanos Vitreus s'était révélé être un auteur pédant et ennuyeux, comme l’étaient beaucoup de soi-disant magiciens, l'une de ces « outres gonflées de leurs vents », se serait plu à dire Bruno, grand amateur de la mythologie grecque, toute ouverture de la dite outre n'aboutissant qu'à polluer son entourage. Heureusement pour sa propre santé mentale, Catherine échappait régulièrement à son influence en se rendant sur le chantier archéologique. Elle était à présent capable d'aider ses camarades et appréciait beaucoup leur compagnie. Le chef du chantier, Pierre Leduc, était un véritable puits de science et Mélissa, la photographe, une authentique artiste à l'humour parfois si caustique que ceux qui s'y exposaient le regrettaient amèrement. Toutefois, c'était surtout la verve et l'absurde optimisme de Marc Esperandieu, son ancien camarade de faculté, qui plaisaient à Catherine. Pour lui, les situations les plus sombres reg...

Fragments d'Innsmouth 9 (24)

  À table, la conversation roula autour des manuscrits de sorciers que la fondation Hohenheim recueillait et surtout autour du fond lorrain qu'elle avait constitué. Le café fut servi dans le salon. Quand chacun fut assis, le grand-père de Catherine raconta le peu de choses dont il se souvenait à propos d’Étienne Verrier. L'homme était né à Frouard, près de Nancy, vers 1530. Il était issu d'une famille de commerçants, disparue depuis. Il avait fait des études à Louvain puis à Paris, se passionnant pour la géométrie, l'astronomie et les mathématiques tout en acquérant un verni de théologie. Si l'on en croyait ses écrits, il avait croisé John Dee à Paris, où il avait suivi des cours sur Euclide, puis à Londres, où il avait également fait la connaissance de Gerolamo Cardano, plus connu en France sous le nom de Jérôme Cardan. On perdait sa trace durant quelques années avant de le retrouver à Nancy, clerc dans le tribunal où sévissait Nicolas Rémy. Il avait d...

Fragments d'Innsmouth 8 (23)

  Elle rentra chez son père tandis que la nuit envahissait la vallée. Ici, le crépuscule avait lieu en deux temps : d'un coup, le soleil se cachait derrière les hauteurs et c'était alors le règne d'une sorte de pénombre qui augmentait peu à peu. En fait, il faisait sombre bien avant que le soleil ne fut vraiment couché car il était caché par les montagnes avant d’avoir atteint ce qui aurait constitué la ligne d'horizon dans une plaine. Comme elle garait sa voiture, elle vit la lampe du porche s'allumer et la porte de la maison s'ouvrir. Un sourire attendri s'attarda sur ses lèvres tandis qu'elle rassemblait ses affaires qu'elle avait posées sur le siège passager et son sourire s'attarda quand elle entendit sa portière s’entrebâiller. -Papa. Bruno Morert se pencha vers elle pour l'embrasser. Ils se retrouvèrent dans la cuisine où une sauce bolognaise mijotait sur le feu. Catherine se sentit saliver quand elle s'aperçut que son pè...

Fragments d'Innsmouth 7 (22)

  Comme la nuit tombait peu à peu, les archéologues cessèrent le travail et bâchèrent ce qui pouvait l'être afin de protéger le champ de fouilles des orages d'été qui menaçaient de s'abattre sur cette partie de la vallée selon les bulletins de Météo-France. Catherine, sa fébrilité apaisée, les aida autant qu'elle le put puis se joignit à eux près des voitures. Après s'être servi à boire, les membres de l'équipe firent le bilan de la journée ; tout semblait se dérouler comme prévu même si leur trouvaille avait un caractère surprenant. -À quoi ce truc pouvait-il bien servir, selon vous ? -Moi, je dirais que c'est un artefact religieux, repartit Marc. Tous éclatèrent de rire devant cette boutade : il était d'usage de baptiser ainsi tout objet auquel on ne comprenait rien. -Plus sérieusement, commença Pierre, nous pouvons commencer par dire ce que ce n'est pas. D'abord, ce n'est pas juste une pierre gravée : c'est au sommet de quelqu...

Fragments d'Innsmouth 6 (21)

  Catherine Morert patientait, assise sur un tabouret de camping qu'elle avait placé à l'ombre d'un chêne. Devant elle, les archéologues s'affairaient avec tant de prudence que l'on aurait cru regarder une scène de film diffusée au ralenti. Chaque geste était lent et mesuré, accompli à l'aide d'instruments précis dans un but clair et défini. Dans une certaine mesure, l'ensemble s'apparentait à une opération chirurgicale si ce n'était que le patient n'était autre qu'une portion de terrain soigneusement délimitée. Le chef du chantier officiait en compagnie de son assistant pour diriger chaque geste de son équipe. Un peu plus loin, des bénévoles étaient en train de dégager une autre portion de terre et de la préparer pour de futures investigations. Pourtant, on sentait bien que les regards de tous étaient tournés vers l'étrange objet en pierre qui accaparait leur attention. Elle avait bien essayé de les aider mais sa fébrilité était t...

Fragments d'Innsmouth 5a et 5

  Depuis combien de temps le son avait-il envahi les pensées de Catherine ? À vrai dire, elle le savait avec précision. C'était depuis ses premières règles ou plutôt depuis qu'elle avait senti une douleur sourde envahir son ventre, précédant l'écoulement d'environ une journée. Elle n'avait été ni surprise, ni effrayée par le phénomène. Quand sa tante et son père lui en avaient parlé, ils avaient présenté la chose avec beaucoup de simplicité et elle avait pu par la suite agonir de questions une amie de ses grands-parents, gynécologue de son état. Toutefois, nul ne lui avait parlé du son de cloches, de l'étrange glas résonnant dans le rugissement des vagues qui envahissait sa tête, de l'impression d'entendre le fracas des flots à l'intérieur-même de celle-ci. Une fois encore, elle avait eu droit à un véritable marathon médical. L'hypothèse des acouphènes ayant été écartée, d'autres furent explorées, sans résultat. Un jour avant ses règles,...